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PROMENADE À L'INTÉRIEUR DE LA CITÉ D'AUBENAS
DANS L'ENCEINTE DES ANCIENS REMPARTS DU XVIIe SIÈCLE

La visite commence à la chapelle des Cordeliers, sous la conduite de Marie Garnier, présidente de l'Association Albenassienne des Amis du Patrimoine. C'est la sauvegarde de cet édifice qui a été à l’origine de la création de cette association. Des offices religieux y sont encore célébrés, des concerts et des conférences y sont également donnés. Le programme de ces évènements est géré par les Amis du Patrimoine.

La chapelle des Cordeliers

Inscrite depuis 1983 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, il s’agit d’une chapelle privée appartenant à la Ville, construite, comme le couvent, en  1642, à l’intérieur des remparts par les Cordeliers, dont elle était l’oratoire. À la Révolution, après la vente de l’ancien hôpital Sainte-Anne, le couvent des Cordeliers est transformé en hôpital civil et l’oratoire devient la chapelle de l’hôpital jusqu’à la démolition de cet établissement dans les années 1990. L’histoire des Antonins, les moines hospitaliers d’Aubenas, est également liée à cette chapelle qui a servi de réceptacle à tous les mobiliers religieux - tableaux et statues aujourd’hui classés  - provenant des églises démolies qui jouxtaient les hôpitaux des Antonins. À Lazuel, les hospitaliers soignaient les malades atteints du « feu sacré »,  Sainte-Anne était réservé aux pèlerins et Saint-Georges était, comme à Saint-Antoine-l’Abbaye, l’hospice des aumônes.
À remarquer les deux grands tableaux  accrochés au mur de part et d’autre de la nef, celui  de saint Antoine l’Ermite et celui de saint Antoine de Padoue, disciple de saint François d’Assise. Derrière le chœur, un immense tableau représente l’allégorie de la Trinité et la Vierge. En-dessous de la colombe,  saint François désigne les bras ouverts deux personnages qui pourraient représenter le même homme, Pasteur-Serretescudier à des âges différents, le jeune berger de Saint-Étienne-de-Fontbellon élevé par les Franciscains d’Aubenas qui devint évêque d’Assise au xive siècle. Cette chapelle mériterait une visite plus approfondie. Elle est ouverte pour les journées européennes du Patrimoine.

Origine historique d'Aubenas et évolution de la cité jusqu'au xviie siècle

Un site gallo-romain dans la plaine d'Aubenas

Les premiers habitants vivaient dans la plaine de l’Ardèche en-dessous de  la cité actuelle. En effet, du ier au ive siècle, d’importants domaines agricoles s’étendaient dans les quartiers du Pont d’Aubenas et de Saint-Pierre. Henri Saumade a découvert des vestiges qui l’attestent au cours de fouilles archéologiques en 1992. Le nom d’Aubenas apparaît au xe siècle dans la Charta Vetus et dans le cartulaire de Saint-Chaffre grâce aux donations faites à l’évêque de Viviers par de riches propriétaires gallo-romains. Cependant, le découpage administratif du comté du Vivarais situe ces domaines albenassiens soit dans la viguerie de Vesseaux, soit dans celle de Saint-Étienne-de-Fontbellon.

L’arrivée à Aubenas des seigneurs de la Montagne donne enfin une identité indépendante à la cité

À l’époque féodale, le fief d’Aubenas appartient au comte d’Ucel qui a fait élever une tour militaire sur les hauteurs dominant la vallée de la rivière Ardèche. Au xiie siècle, les premiers seigneurs venus des montagnes du Vivarais et du Gévaudan prennent possession de cette colline. Le comte de Montlaur, originaire de Coucouron, épouse l’héritière des Ucel et acquiert ainsi le fief d’Aubenas et la tour qui en est le symbole  (Pierre-Yves Laffont – les châteaux du Vivarais). Les Montlaur, vassaux de l’évêque du Puy, bâtiront tout d’abord leur logis et une tour de garde sur la rive droite de l’Ardèche, à l’entrée du Pont d’Aubenas pour mieux  surveiller les péages. Puis les Montlaur et leurs descendants les Maubec, les Modène-Montlor, les d’Ornano et les Lorraine-Harcourt construiront progressivement, autour de la première tour féodale, le château que l’on connaît et qui a subi de nombreuses transformations jusqu’au xxe siècle. Se sont aussi installés à Aubenas les Ytier de Géorand, seigneurs du Trabe, donnant leur nom à la rue du Trau (rue du 4 septembre), en face de leur demeure seigneuriale, à l’emplacement actuel du Dôme Saint-Benoît, ainsi que les seigneurs de Taulignan, seigneurs de Barris, venus de Barres-en-Cévennes (Gévaudan). Ce sont eux qui construisirent le premier château fort d’Aubenas, le Castel Vieil. 
L’implantation de cette fortification influera directement sur l’organisation de l’habitat en regroupant au xiiie siècle les premières maisons sous ses murs, donnant naissance à la ville.

L’implantation des ordres religieux autour de la cité primitive donne les contours du premier rempart

En effet, au xiiie siècle, plusieurs ordres religieux ont fondé un couvent et une église attenante, à l’extérieur de la cité. Au moment de la guerre de Cent Ans, lorsque le premier rempart est construit, les portails d’entrée font face à ces couvents : la porte de Saint Antoine, la  porte des Frères Mineurs (les Franciscains ou Cordeliers), la porte des Sœurs (les Clarisses), la porte des Dominicains appelés aussi par dérision la porte des Chantayres.  Ces couvents sont rasés en 1552, au début des guerres de Religion, par les consuls protestants de la ville afin que les catholiques ne puissent pas s’en servir comme points d’appui militaires pour s’emparer d’Aubenas. Ces couvents seront tous  reconstruits, intra-muros, au xviie siècle, notamment le couvent des Dominicains qui se trouvait à l’emplacement du centre culturel Le Bournot. Mais seule la Porte des Dominicains (porte Valleton) existe encore aujourd’hui.

Visite de la cité d'Aubenas à l'intérieur des anciens remparts

Le quartier Saint-Antoine, cœur historique de la ville

À l’extérieur de la chapelle des Cordeliers, point de départ de la visite, nous tournons immédiatement à gauche pour admirer au N° 6  la maison de Pierre Sauvaire Morgan, maître maçon au xvie siècle. On aperçoit sur la façade  le testut, outil pour équarrir la pierre et la belle fenêtre à meneaux qui devaient servir de publicité à l’artisan. Le propriétaire actuel, Damien Claudet, nous accueille dans la pièce en rez-de-chaussée qui lui sert  de cabinet de travail et dont les voûtes en pierres jointes apparentes dateraient du xve siècle.

dôme Saint-Benoît

Dôme Saint-Benoît

Vestiges du couvent des bénédictines

Vestiges du couvent des bénédictines

En sortant, nous apercevons, depuis le haut de la place Grenette,  une rue qui monte du Pont d’Aubenas : au xviie siècle, il existait à cet endroit un portail sur le rempart,  la porte de Notre-Dame  qui permettait aux habitants de rejoindre dans la plaine la première église paroissiale d’Aubenas. Il ne reste de Notre-Dame-des Plans que la base du clocher dans le quartier de Roqua. Donnant sur cette place, le dôme du couvent Saint–Benoît. Sa coupole octogonale a été construite au xviiie siècle par l’architecte Leydier d’Avignon et financée par le seigneur Samson du Roure dont la fille était la prieure du couvent bénédictin. La petite fille de Mme de Sévigné, Blanche de Grignan, y fut éduquée par sa tante, prieure du couvent. Nous entrons, après un long passage couvert, dans l’enceinte du couvent dont il ne reste que des pans de murs et la grande façade qui surplombe le quartier du Pont d’Aubenas. La vue à travers les fenêtres vitrées y est exceptionnelle. Le couvent lui-même a été bâti au xviie siècle  par les bénédictines venues de Lavilledieu, sur les ruines de la demeure des seigneurs de Géorand. Désaffectée à la Révolution, l'église a servi de halle aux grains avant d’être utilisée au xixe siècle comme entrepôt pour le matériel d’incendie de la ville. Classée à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1944,  elle conserve aujourd’hui de nombreux objets religieux ainsi que le monumental mausolée des d’Ornano.

Tour huguenaude

Tour huguenaude sur la place Jacques Roure

Une petite rue nous conduit jusqu’à la place Jacques Roure, personnage célèbre par la révolte qu’il conduisit à Aubenas en 1670 contre le pouvoir royal. Nous découvrons sur la droite, surplombant  la route de Vals,  la tour huguenaude du xvie siècle. À partir de 1550, les habitants d’Aubenas, excédés par les querelles incessantes entre les couvents et le prieuré d’Aubenas à propos du bénéfice des offrandes, adhèrent en masse à la Réforme. Ils élisent alors, comme leurs représentants auprès du seigneur de Montlaur, des consuls protestants. La ville est reprise par les catholiques en 1587 par le seigneur de Sanilhac, le brave Montréal. Mais en 1593, les protestants créent la surprise en s’emparant à nouveau de la ville par une brèche dans la muraille sous la Tourasse. Ils feront construire cette tour ronde pour se protéger, à cet endroit, des éventuelles attaques catholiques.

On ne peut visiter Aubenas sans évoquer l’eau qui fit cruellement défaut aux habitants jusqu’au xixsiècle.

Nous passons devant ce qui fut la porte Saint-Antoine, protégée par une tour ronde (1536). Nous empruntons le passage percé sous cette tour appelée tour des étuves pour suivre, le long de la rue Lesin Lacoste, le rempart sur lequel se sont adossées les habitations de l’ancien faubourg des pèdes (mot occitan désignant les jardins). En 1433, derrière cette tour, Louis de Montlaur accensait au meunier Pierre Liauthard un moulin et un four avoisinant, avec obligation d’y préparer le drap. L’acte notarial en précise le règlement d’eau. En face de cette tour, sur la place Olivier de Serres (parking actuel), se trouvait déjà au xviiie siècle un lavoir alimenté par les sources de Lazuel. Ces exemples témoignent qu’Aubenas, du moins dans le quartier Saint-Antoine, ne manquait pas totalement d’eau avant que Jean Mathon ne fît réaliser le réseau des fontaines publiques qui apportèrent l’eau courante à l’intérieur de la ville au xixsiècle. On peut encore voir devant l’entrée du parking de la poste la dernière fontaine abreuvoir qui date de 1863, où les animaux parqués sur le champ de Mars pouvaient s’abreuver à l’occasion des foires dont la plus célèbre reste la foire de Saint-Antoine, instituée au xve siècle par Louis XI.

Aubenas, capitale de la soie en Ardèche au xixe siècle

Hôtel Goudard

Hôtel Goudard

Au n°18 de la rue Auguste Bouchet (peintre albenassien, 1831- 1891), nous découvrons l’hôtel Goudard. François Goudard était propriétaire, au xviiie siècle, de la manufacture de draps créée par les États Généraux du Languedoc au Pont d’Aubenas. Il obtint de la commune, en 1753, la concession de la tour carrée (xive siècle), ancien corps de garde de la porte des Frères Mineurs, ainsi que l’autorisation de construire son habitation au-dessus du premier rempart datant de la guerre de Cent Ans. Il installa, dans les sous-sols de sa grande maison, des métiers pour le tissage des étoffes de coton et le magasin pour la vente des mouchoirs. Le portail ouvrant sur la cour d’entrée de cette demeure bourgeoise est dans le style des hôtels provençaux de cette époque ; il est classé. On trouve à l’intérieur une élégante rampe en fer forgé bordant l’escalier central également classé en 1963. Le bâtiment servit au siècle suivant de relais de poste aux Goudard-Ruelle ; puis, de 1965 à 2007, il abrita la bibliothèque municipale. L’association albenassienne des Amis du Patrimoine propose, depuis plusieurs années, à la municipalité d’Aubenas, propriétaire des locaux, une mise en valeur de ces bâtiments en créant une maison des Patrimoines dans laquelle le service des archives municipales trouverait une place qui faciliterait la consultation des chercheurs.
Nous tournons immédiatement à gauche pour prendre la rue de l’Hôpital. Nous passons devant la porte d’entrée de l’ancien hôpital Saint-Anne, transformé en logements. Sur le fronton est sculptée la coquille Saint-Jacques des pèlerins. Nous apercevons, en levant la tête, les vestiges d’une fresque peinte sur le haut de la façade. Attenante à l’hôpital, l’église Sainte-Anne fut détruite à la Révolution.

Nous suivons à gauche la rue des Cordeliers pour rejoindre la rue du Triby (trois voies en occitan), carrefour entre la rue Notre-Dame, la rue Saint–Antoine et la rue du Trau.

Porte de l'ancien hôpital Saint-Antoine

Porte de l'ancien hôpital Saint-Antoine

On remarque à nouveau une borne fontaine, l’une des premières utilisées pour l’usage des habitants, le 23 juin 1863.
Sur le mur de la maison qui fait l’angle entre la rue des Cordeliers et la rue du 4 septembre, on aperçoit l’écusson des seigneurs du Roure. Samson du Roure dont on a déjà parlé, seigneur des Bonnauds, habitait cette demeure. Nous pénétrons dans la cour intérieure, qui mériterait d’être restaurée, par un long passage voûté. Le bourneau (conduit d’eau en terre cuite) que l’on voit en relief sur la façade ainsi que la fenêtre à meneau témoignent de l’ancienneté de cette maison (xve siècle). Le bâtiment confrontait à l’ouest l’église Sainte-Anne.

Maison du XVe siècle rue du Triby

Maison du XVe siècle rue du Triby

En face, au n° 34 de la rue du Triby (4 septembre), une autre grande maison du xve siècle, mieux conservée. Sa façade en parement de pierres de taille a été refaite au xviiie siècle par M. de Gallimard. Il ne reste de la première époque que les fenêtres arrondies et à clé et l’escalier à vis qui se termine par un lanterneau. En 1593, c’est au sortir de cette maison, habitée par le juge de la baronnie Loÿs de Lafaye, que furent assassinés par des soldats protestants les pères Sautemouche et Salès, jésuites prédicateurs. Ces martyrs furent béatifiés en 1926. Une chapelle leur fut consacrée pendant de nombreuses années dans l’église Saint-Laurent.
Nous descendons la rue du 4 septembre pour atteindre la plus vieille place d’Aubenas, la place de l’Houme (l’orme en occitan), aujourd’hui place du 14 juillet. La Maison Consulaire, premier hôtel de ville, construite au xve siècle, occupait au sud, avant sa démolition en 1849, la plus grande partie de la place actuelle.  La Maison des Consuls était bordée à l’est par une galerie de neuf arceaux. Elle faisait face au nord à l’ancien château fort des Taulignan devant lequel avait été élevé un ormeau, symbole de la seigneurie, d’où le nom donné à cette place, dès le xive siècle. On remarque en haut de la place, récemment refaite, la seule fontaine monumentale construite par Jean Mathon qui avait voulu rappeler l’importance historique de ce lieu. La nouvelle plantation d’ormes par la municipalité marque désormais cet endroit qui mériterait qu’on lui rendît son nom. Marie Garnier rappelle que du xive au xviie siècle, Aubenas  était doté de trois consuls ou régents, deux pour la ville et un pour la campagne environnante. Élus chaque année, en mai,  par les habitants, ils étaient chargés de faire lever la taille royale et de répartir les impôts. Ils représentaient les habitants dans les litiges avec le seigneur d’Aubenas et l’un d’eux participait aux États du Languedoc. Ils portaient lors des cérémonies la robe et le chapeau rouge. D’où l’appellation de l’hôtellerie du chapeau rouge sur la place de l’actuel hôtel de ville au n°19 qui devait devenir, au xviie siècle, la Maison du Procureur des Pauvres où se trouvait le four des pauvres.

Ancienne echoppe rue Sainte Claire

Ancienne echoppe rue Sainte Claire

Nous empruntons en haut de la place de l’Houme, à gauche, la rue Sainte-Claire. Nous passons devant une galerie profonde et sombre donnant sur une cour intérieure, peut-être l’entrée du château, puis devant la devanture d’une ancienne échoppe.  Nous en verrons plusieurs différentes au cours de la visite. Au xviie siècle, Aubenas était déjà un bourg marchand important avec de nombreuses boutiques et ateliers d’artisans. Les foires qui s’y succédaient tout au long de l’année rassemblaient de nombreux paysans habitant non seulement les environs immédiats, mais également des villages plus éloignés des Cévennes et même du plateau montagnard.

Place Sainte-Claire, il ne reste de l’ancien couvent des Clarisses, reconstruit au xviie siècle sur les ruines de la maison du seigneur de Montgros (encore un seigneur de la Montagne), qu’un portail de style roman et un escalier en spirale. Nous remontons à droite  la rue du Château Vieux jusqu’au bord de l’ancien rempart au-dessus de la route nationale. Cette rue est bordée d’habitations dont certaines ont pu faire partie de l’enceinte intérieure du château. À droite, au n° 2 de la rue du Barry, à remarquer la belle tour Renaissance, vestige du château. Au sud, par-dessus les toitures, et notamment celle de la maison des Surville (xviie siècle) qui surplombe la grande Tourasse qui protégeait sur le rempart la porte des Ancelas, apparaissent les tuiles vernissées du château des Montlaur.

ancienne echoppeancienne echoppe

Anciennes echoppes, cours Jean-Jaurès et rue de la République

Les Taulignan ont tenu une place importante dans l’histoire d’Aubenas. Ils furent les premiers seigneurs à construire un château fort, à l’origine de la cité. Aymard II épousa en 1401 Marguerite de Tesseaux, fille du seigneur de Vals, Pons du Tesseaux, qui commença la construction de la chapelle Saint-Clair. Cet oratoire  fut achevé par son gendre messire de Taulignan. Son testament laisse supposer que ce seigneur, ainsi que son père, y ont été enterrés. Le blason des Taulignan porté par des anges soutenait autrefois la voûte de cette chapelle sur laquelle s’est appuyée la construction de l’église Saint-Laurent. Autre monument historique du style Renaissance que l’on doit aux Taulignan, la Maison aux Gargouilles, que nous découvrirons sur la place du Château.

Maison Veyrenc

Maison Veyrenc

Nous empruntons la rue Jourdan, appelée autrefois rue de la Cloison, nom qui pourrait rappeler le mur rempart du château des Taulignan qui la borde. Nous nous arrêtons au n° 8  devant la maison habitée en 1593 par Michel Veyrenc. Cette grande demeure bourgeoise appartiendra ensuite à son petit-fils, le notaire François Barthélémy, puis à ses descendants pendant plusieurs générations.  Elle est actuellement la propriété d’Alain Chevalier qui nous accueille devant une très belle porte d’entrée avec un ancien heurtoir. À noter le seuil en tenons de pierre. Nous pénétrons dans une cour intérieure entièrement pavée. Notre hôte, visiblement passionné par l’histoire de sa maison,  nous en décrit le caractère ancien, soulignant son originalité. L’escalier sans portant et la rampe en fer forgé du xviiie siècle qui est classée sont à plus d’un titre remarquables, l’un par son architecture et l’autre par la qualité de travail du maître serrurier Jean de Serre de Montélimar. Avant de nous montrer l’ancienne cuisine, le propriétaire appelle notre attention sur l’évier en pierre situé dans la cour : il recueillait, pour un usage domestique, l’eau du toit grâce à un système de filtrage mis en place selon les préconisations d’Olivier de Serres. En face de l’escalier, la très haute façade en pierre de taille daterait des anciennes fortifications, témoignant que ce bâtiment faisait partie du Château Vieux.
Nous remontons la rue Jourdan jusqu’à l’ancienne place du Temple, sur laquelle a été reconstruite récemment une halle rappelant l’ancienne qui était située au sommet de la Grand Rue, face au château, et qui fut détruite en 1890.

Maison aux gargouilles

Maison aux gargouilles

 

Nous passons devant l’ancienne hôtellerie du Chapeau rouge. Nous admirons la Maison aux gargouilles, de style Renaissance, avec sa porte et ses fenêtres délicatement moulurées. Construite par le seigneur de Taulignan, elle faisait face à la Maison du Bailli, habitée par Pons de Tesseaux, son beau-père. La Maison du Bailli, située rue de la Revenderie devant le château, fut démolie au xixe siècle pour agrandir la place de l’Hôtel de Ville. Nous descendons la rue Delichères, anciennement rue des Eustachis (en occitan, les attachés) dont le nom évoque les arceaux qui enjambent cette rue à l’aspect moyenâgeux. Ce passage était entièrement bordé par des étables ou écuries dont les propriétaires habitaient de l’autre côté des bâtiments donnant sur la Grand Rue.
Est-il besoin de rappeler qu’Aubenas était au xviie siècle un gros bourg rural où circulaient des mulets, des chevaux mais aussi, en toute  liberté, notamment rue des Ollières, les cochons des Antonins ?

L'église Saint-Laurent

église Saint-Laurent

Église Saint-Laurent

La légende fait remonter sa fondation au passage de saint Dominique à Aubenas. Cependant, au Moyen Âge, l’église Saint–Laurent n’est pas encore une église paroissiale indépendante, mais une simple chapelle annexe du prieuré de Saint-Étienne de Fontebellon. Cette église fut plusieurs fois remaniée et restaurée notamment après la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion. Le clocher et le toit furent endommagés par la foudre à plusieurs reprises. Il ne reste de la première église que la chapelle Saint-Clair, située sous le clocher, la sacristie et la nef. Au xviiie siècle, l’architecte Leydier refait la façade de l’église, qui sera reprise par le célèbre architecte de Valence Tracol au xixe siècle. Elle est de style romano-byzantin. Les pierres bicolores sont locales, les soubassements sont en pierre de Ruoms, les frises et armoiries en pierre de Châteauneuf, plus facile à travailler.
L’intérieur de l’église date essentiellement du xviiie siècle et présente les caractéristiques du style néo-roman avec ses arcs et ouvertures en plein cintre, ses piliers massifs et ses voûtes d’arêtes. Les bas-côtés étaient autrefois occupés par des chapelles funéraires fondées par les familles des notables albenassiens. Au centre se dressait le mausolée des d’Ornano qui se trouve maintenant au Dôme Saint-Benoit. Les belles boiseries de style baroque qui ornent le chœur proviennent de l’ancienne chapelle des jésuites et sont classées. Les colonnes du maître-autel qui encadrent le tableau représentant saint François Régis sont signées Molinart (1709). Les quatre médaillons sont de Paul Sevin. Le retable est l’œuvre du sculpteur Mailhat (1720). La chaire en bois sculptée remonte au xviie siècle. Chef d’œuvre du sculpteur ardéchois  Régis Breysse (xixe siècle), le Christ en croix est également classé. Il a figuré à l’exposition de 1843 au Palais des Beaux-Arts à Paris. Les orgues furent placées dans l’église en 1877.

Avant de remonter la Grand Rue, Marie Garnier fait circuler une gravure de M. Verny  représentant la Maison de la famille Sanglier aujourd’hui démolie pour ouvrir la rue. On y distingue l’arceau reliant ce bâtiment à l’hôpital Saint-Georges qui jouxtait l’église Saint-Laurent.  On dépasse à gauche  l’élégante tourelle d’escaliers du xvie siècle de la maison de noble Antoine de Fages. Nous tournons à droite pour rejoindre la Maison du Prévôt dans laquelle Renée Mioque nous conduit par le bel escalier, bordé d’une balustrade en pierre rappelant celle du château des Montlaur, jusqu’au sommet du bâtiment. L’escalier est éclairé par un puits de lumière. De la terrasse surplombant le toit et le clocher de l’église, nous découvrons le panorama de la ville dans un rayon de 360°. Le prévôt de la cathédrale de Viviers était prieur des trois églises d’Aubenas au xve siècle. Dans cette demeure très ancienne étaient logés les sept prêtres qui assuraient le service religieux des églises de Saint-Étienne de Fontebellon, de Saint-Laurent et de Notre-Dame des Plans. Nous traversons la rue de la Prévôté où la façade de la maison de Francois Valleton de style Renaissance a été soigneusement restaurée, avant de sortir dans la Grand Rue, au niveau de l’ancienne halle.  Cette rue est bordée de riches demeures construites aux xviie et xviiie siècles. Nous citerons  la Maison  Veyrenc de Lavalette reconnaissable à sa belle porte avec heurtoir en fer forgé. Nous nous arrêtons devant la Maison de Missolzt de Ferrières, à l’angle de la rue de la Sabaterie. Les arcatures moulurées des fenêtres, ses croisées à meneaux prismatiques et sa porte cintrée Renaissance sont du xve siècle.

Maison Colombier de la Ginestière

Maison Colombier de la Ginestière

Maison Valleton

Maison Valleton

Nous descendons la rue des Clinchins pour gagner la place de la République où se trouvaient au xviie siècle les jardins du collège des jésuites fondé par Jacques de Montlaur dans la maison du cardinal de Joyeuse. L’imposant bâtiment et son église surmontée d’un clocheton ont été démolis en 1904 pour ouvrir la rue Jean Jaurès sur le boulevard Gambetta.  Marie Garnier précise que le passage voûté que l’on aperçoit n’est pas une ancienne porte du rempart. Il a été créé au xxe siècle à l’emplacement de la salle de tri du courrier postal, le couvent des  jésuites ayant été remplacé par l’Hôtel des Postes.
Nous faisons une pause un peu plus loin  devant la porte Valleton (ex porte des Dominicains). On aperçoit une petite statue de la Vierge à l’Enfant dans la niche d’angle de la Maison Valleton. La municipalité d’Aubenas a accordé une partie de cette très belle demeure de style Renaissance à l’association des Amis du patrimoine comme local de réunions et d’accueil.

Nous terminons la promenade par la visite de la maison de noble Colombier de la Ginestière dont la façade principale donne sur la place du château. Nous pénétrons dans cette grande demeure par son entrée rue Jean-Jaurès. La cour intérieure avec escalier et coursives ouvertes de style Renaissance méritent d’être vues.  Le blason qui décorait le porche de l’escalier a malheureusement été mutilé à la Révolution.

Marie Garnier

Ainsi s'achève une visite riche et originale, à la recherche non seulement de l'histoire architecturale de la ville, mais aussi des signes de la vie sociale à l'intérieur des remparts d'Aubenas.